anastomose
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Cet ensemble de photographies fait suite à une plongée dans les collections de céroplasties anatomiques de l’Université de Montpellier1, où des modèles pédagogiques, sculptés grandeur nature, simulent des corps en autopsie.
Les deux images se répondent et cohabitent à la façon d’une anastomose visuelle, déplaçant le lexique médical pour l’appliquer à une poétique du regard. « Communication naturelle ou établie chirurgicalement entre deux organes, deux vaisseaux, deux conduits ou deux nerfs »2, l’anastomose fonctionne ici comme un passage, un pont qui relie les évocations corporelles choisies.
En vues resserrées, les figures de cire3 perdent ici en identification et ouvrent une part d’insaisissable, une sensation de flottement qui laisse place aux projections. Leurs abdomens croisent la présence d’un agitateur de boisson qui perturbe l’échelle et la mise au point. En résonance avec l’installation Bénodet, été 94, la touillette matérialise un corps féminin objectivé, figé dans une position étrangement semblable à celles des Vénus anatomisées dont elle trace les contours : jambes croisées, bras replié sous la tête. Cette silhouette de plastique mélange les registres et dérange la vision intestinale en arrière-plan, comme un morceau indigérable, une pensée ravalée. À ses côtés, une main se dépose sur le ventre et pointe le parallélisme d’un récit à deux temps, où les organes semblent prolonger les mouvements et les plis du vêtement. Anastomose interroge le fantasme de voir au-dedans, supposant qu’« il n’y a pas d’image du corps sans l’imagination de son ouverture. »4
1 Photographies réalisées avec le soutien du Conservatoire d’anatomie – Faculté de médecine de l’Université de Montpellier.
2 Dictionnaire le Robert
3 Vénus anatomique et Vénus au repos. Collection Spitzner, XIXe siècle.
4 Georges Didi Huberman, Ouvrir Vénus : nudité, rêve, cruauté, Gallimard, 1999, p.99.
Vues de l’exposition personnelle – Là où les organes oragent – dans le cadre du Prix Biennal MTE, commissariat Marine Rochard, CCC OD – Centre de création contemporaine Olivier Debré, Tours.
Photographies : Philippe Piron / Laura Bottereau & Marine Fiquet
Texte : Laura Bottereau & Marine Fiquet