nuit nuit
Installation, matelas, résine époxy, colorants, aiguilles, bris de verre sécurit, dimensions variables, 2026.
Coproduction CCC OD – Prix MTE
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D’un matelas échoué, ployé, presque assis, se déverse un amas de bris de verre. Comme un corps en crise, le lit trébuche vers un état hostile. L’installation compose une parasomnie, un espace indésirable qui confine au cauchemar. Condensant la récurrence d’une nuit qui se duplique et qui nuit, le titre évoque les terreurs nocturnes qui répètent inlassablement le même scénario. Le couchage mute alors vers un territoire dystopique contre lequel on ne se love ni ne s’allonge.
Glissant vers un paysage chaotique, les débris forment un îlot, une nappe de grêle d’où percent des cactées translucides, épidermiques et épineuses. Pousses aux allures d’organes, elles se greffent au récit comme des survivances à la morphologie défensive. Le dialogue des matériaux marque un point de rupture entre une surface supposément moelleuse, réconfortante, et l’aspect glacial, cisaillant du verre. Nuit nuit laisse se répandre l’effondrement, la mise en pièces d’une forme d’intimité, une coupure sur la figure réconfortante de la chambre.
Creusant l’inconfort, les miettes de verre cristallisent plastiquement une forme de résurgence, une violence souterraine qui affleure dans la matière, hante les corps et les prive de repos. L’installation déforme la nuit en nuisance et joue sur les paradoxes : les éclats vitreux, la transparence des cactus, la brillance de leurs épines, invitent une chromie lumineuse, une radiance qui contraste avec le titre. Les fragments de verre, récoltés aux pieds d’abris bus fracassés suite à des manifestations1, portent une colère collective. De l’espace public à l’intime, Nuit nuit reflète une rage qui ne se laisse pas contenir.
1 Mobilisations contre les VSS, 8 mars, manifestations antifascistes.
Vues de l’exposition personnelle – Là où les organes oragent – dans le cadre du Prix Biennal MTE, commissariat Marine Rochard, CCC OD – Centre de création contemporaine Olivier Debré, Tours.
Photographies : Philippe Piron / Laura Bottereau & Marine Fiquet
Texte : Laura Bottereau & Marine Fiquet