persistances rétiniennes

Installation, 9 boîtiers à lentilles, impressions numériques sur transparent, caisson lumineux, verre, 80 x 20 x 117 cm, 2026.
Coproduction CCC OD – Prix MTE 

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Persistances rétiniennes rejoue un dispositif optique. Des étuis à lentilles accueillent des images circulaires et translucides, des fac-similés de verres de contact, prêts à être placés directement sur l’œil afin de redonner la métaphore d’une vision nette.

Cette iconographie enchevêtre scènes mythologiques, hagiographiques et anatomiques, jusqu’à leur transformation progressive en spectacle visuel, allant des théâtres de dissection aux divertissements populaires. Ces récits transparents, à la manière de vitraux miniaturisés, s’inscrivent dans une économie du regard héritée de l’iconologie religieuse.

Réactivant les principes de la vision stéréoscopique, l’installation rassemble les fragments résiduels d’une violence que l’on peine à regarder : on y devine la dépouille de Coronis enceinte, tuée par Apollon dans un geste de vengeance. Pris de remords, ce dernier arrache l’enfant du cadavre et donne ainsi naissance à Asclépios1, dieu grec de la médecine, fondant symboliquement la discipline sur une scène de féminicide. Plus loin, un boîtier nous laisse apercevoir un corps en autopsie au centre du théâtre anatomique de Padoue2, dont l’édifice, conçu telle une machine optique, s’érige en forme d’œil. Le supplice d’Agrippine3, mise à mort par son fils Néron, rejoint cette iconographie où le regard impérial s’exerce comme pouvoir de vie et de mort. L’empereur, désireux de voir de ses yeux la matrice qui l’a engendré, exige la dissection de sa mère. S’en suit le martyre de Sainte Agathe4 et l’arrachement de ses seins, figure de sanctification par mutilation du corps féminin. À ses côtés, un autre étui accueille la représentation fantasmée d’une auto anatomie5, où une femme s’ouvrant le ventre retourne sur elle-même le geste médical et scopique. Dans les boîtiers suivants, l’Histoire de Nastagio degli Onesti6 fabrique une pédagogie visuelle des sévices. Ces peintures, offertes en cadeau de mariage, retracent l’histoire d’une femme à l’effigie de Vénus, poursuivie, torturée et tuée dans une boucle perpétuelle. L’image d’une Vénus anatomique7 fragmentable en cire en prolonge la généalogie. Enfin, glissant vers la spectacularisation moderne du corps morcelé, le dernier coffret contient une affiche de foire présentant le tour de magie d’une « femme sciée en deux »8 comme ultime délectation morbide : la mise en pièce d’un corps devenu objet.

Dévoyés de leur usage, les étuis à lentilles sauvegardent alors les récits oblitérés de figures mises à mort et mises en spectacle par le régime patriarcal. Le titre active la sensation d’images rémanentes inscrites directement dans le corps, comme une généalogie mémorielle de cette part de violence qui ruisselle jusqu’à nous. Mobilisant l’inconscient des mémoires traumatiques et transgénérationnelles, Persistances rétiniennes propose une impression de déjà-vu, un arrière-plan qui se superpose à la perception. Voir revient alors à être physiquement affecté par l’image, ouvrant ainsi la possibilité non pas d’une guérison, mais d’un regard critique sur un continuum d’oppressions et l’imaginaire qu’il produit.

Naissance d’Asclépios par Alessandro Benedetti, vers 1450-1512
2 Théâtre anatomique de Padoue par Giacomo Filippo Tomasin, 1654
3 Supplice d’Agrippine par Maître d’Étienne Loypeau, vers 1410, puis par Jean de Meun, vers 1490
4 Martyre de Sainte-Agathe par Sano di Pietro (Ansano di Pietro di Mencio), vers 1470
Table anatomique par Berrettini da Cortona, 1741
6 Histoire de Nastagio degli Onesti, épisodes 1 et 2, par Sandro Botticelli, 1482-1483
7 Vénus anatomique, Collection Spitzner, Faculté de médecine de l’Université de Montpellier, XIXe siècle
8 Femme sciée en deux par Louis Galice, vers 1930

Vues de l’exposition personnelle – Là où les organes oragentdans le cadre du Prix Biennal MTE, commissariat Marine Rochard, CCC OD – Centre de création contemporaine Olivier Debré, Tours.
Photographies : Philippe Piron / Laura Bottereau & Marine Fiquet
Texte : Laura Bottereau & Marine Fiquet

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