mains oculaires

Sculpture, cire d’abeille, bris de verre sécurit, verre, 75 x 61,2 x 51,2 cm, 2026.
Avec le soutien de la DRAC Pays de la Loire

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Comme des fractions corporelles, deux avant-bras en cire figent un pincement. Éprouver le réel par la douleur, se pincer pour s’extirper de la sidération, la sculpture Mains oculaires1 rejoue ce geste de vérification qui fait appel aux sens : il faut toucher et voir simultanément pour s’assurer de sa propre présence. On se pince alors pour sortir du doute, du rêve ou du cauchemar. Les doigts tirant sur la peau activent un décollement, une zone de flottement propre au processus de déréalisation.

La sculpture opère par strates. Son titre, emprunté au registre anatomique, fait écho à l’histoire médicale de l’ouverture des corps qu’il s’agit de « disséquer soi-même (…) par le moyen des mains oculaires » pour « se conformer à la vérité des choses. »2 Le XVIe siècle et le travail de Vésale3 marquent un tournant dans cette pratique : l’autopsie ne s’appréhende plus seulement par le savoir livresque, mais par la manipulation directe du cadavre. La sculpture Mains oculaires déplace et distord cette approche vers un acte d’auto-examen, l’émergence d’un corps qui cherche à se redonner réalité.

Ici, pas d’ossature, de vaisseaux, de muscles, ni de sang : les bras, creux comme des manches, contiennent des bris de verre. Image mentale d’une sensation douloureusement ingérée, la brèche corporelle laisse apercevoir une matière psychique plus qu’organique. Les éclats peuvent alors figurer des affects, des émotions chaotiques, le sentiment d’être en mille morceaux. Le pincement façonne un ultime geste auscultatoire, la fuite vers un réveil possible.

1 Formule de l’anatomiste et médecin Jean Riolan le fils, (1580-1657).
2 Raphael Mandresi, Le regard de l’anatomiste. Dissections et invention du corps en occident. Seuil, 2003, p. 86.
3 André Vésale, anatomiste et médecin, (1515-1564).

Vues de l’exposition personnelle – Là où les organes oragentdans le cadre du Prix Biennal MTE, commissariat Marine Rochard, CCC OD – Centre de création contemporaine Olivier Debré, Tours.
Photographies et texte : Laura Bottereau & Marine Fiquet

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