avers(e)
Sculpture, cire d’abeille, mousse viscoélastique mémoire de forme, résine époxy, pièce de monnaie, 15 x 45 x 54 cm, 2026.
Coproduction CCC OD – Prix MTE
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L’avers, inverse du revers, est ce qui fait face. Sur une monnaie, l’avers porte l’effigie. Sur les trois pièces logées au creux du buste de cire, la même face se réplique : on y devine la figure de Vénus empruntée à Botticelli. Sculpture sans dos, ce segment corporel ne présente, lui aussi, que l’avers d’un corps déposé sur une mousse à mémoire de forme. Entre ses côtes, au niveau du plexus solaire, une légère cavité accueille une flaque résinée que les pièces transforment en fontaine à souhait. L’avers devient récipient de l’averse et le corps réceptacle du vœu.
Cette association entre corps et monnaie propose des résonances plurielles évoquant le registre votif, mais aussi la marchandisation des corps, notamment dans l’histoire de la médecine et de l’anatomie. Les techniques d’acquisition des cadavres mis à disposition lors des premières autopsies (fin XVe – début XVIe) révèlent une hiérarchisation politique des dépouilles : c’est à partir des corps vils1, des corps pauvres, ceux des prisonnier.es, des prostituées, des esclaves, des condamné.es à mort, que se développe le savoir médical.
La découpe du buste convoque alors la fragmentation, l’avers de récits qu’il s’agit de recomposer. Au centre de la cire, l’amas liquide rappelle par son ovale le contour d’un œil. Ce motif fait écho à l’apparition des théâtres anatomiques, et plus particulièrement à celui de Padoue, érigé en forme d’œil. Construit en 1584, il matérialise le théâtre au sens étymologique : « le lieu d’où l’on voit ». Permettant au public d’assister aux dissections, le théâtre anatomique devient alors « une machine à percevoir »2 et produit la première forme de billetterie, monétisant les places un demi-siècle avant le spectacle vivant.
La figure des Vénus anatomiques en cire découle de cette pratique de mise en spectacle, où le regard s’infiltre au-dedans des corps, comme une pulsion scopique. La sculpture Avers(e) en propose une image en creux, un espace de projection qui s’emplit à mesure que s’y projettent vœux et injonctions.
1 Grégoire Chamayou, Les corps vils, Expérimenter sur les êtres humains aux XVIIIe et XIXe siècles, La Découverte, 2014.
2 Raphael Mandresi, Le regard de l’anatomiste. Dissections et invention du corps en occident, Seuil, 2003, p. 94.
Vues de l’exposition personnelle – Là où les organes oragent – dans le cadre du Prix Biennal MTE, commissariat Marine Rochard, CCC OD – Centre de création contemporaine Olivier Debré, Tours.
Photographies : Philippe Piron / Laura Bottereau & Marine Fiquet
Texte : Laura Bottereau & Marine Fiquet