Sous les rayons
Sculpture, silicone, colorants, mousse viscoélastique mémoire de forme, verre, résine, 43,5 x 136 x 65 cm, 2026.
Coproduction CCC OD – Prix MTE
sens de lecture >


Sous les rayons emprunte et amplifie les codes de peaux synthétiques utilisées en médecine pour l’apprentissage des soins par injection. Mousse contre silicone miment alors les différentes couches – épiderme, derme et hypoderme – à transpercer à l’aide d’une seringue pour l’administration sous pression de fluides médicamenteux ou anesthésiques.
Ici, la peau siliconée se déroule et s’étend aux dimensions d’un corps, la mousse devient matelas à mémoire de forme, et la présentation monolithique sur socle de verre évoque tour à tour page, lit, stèle, table d’opération, gisant·e·s ou figures contraintes des belles endormies. Contenu sous la cloche transparente, un simulacre de condensation souligne une sensation de moiteur, une respiration confinée qui suinte par capillarité.
L’œuvre déplace la question du corps vers celle de son inscription. Choisie pour son aptitude à se déformer et épouser les pourtours du corps qu’elle accueille, la mémoire de forme agit ici comme une empreinte : à la fois témoin et réceptacle symboliques, elle absorbe et recrache les strates sédimentées d’une histoire structurellement misogyne.
Gravé au laser, comme incisé dans le silicone, un poème1 se décèle. Ce procédé fait écho aux récentes techniques de chirurgies laserisées. L’amorce pose d’emblée la notion de consentement. Reprenant le rythme d’une énumération, le poids d’une accumulation et la force d’une scansion, Sous les rayons se termine sur une ouverture, aussi bien métaphorique, politique que plastique, celle d’une colère qui s’organ-ise.
Rappelant la peau comme organe, Sous les rayons compose un poème intradermique : une vue en coupe, une incursion dans un récit où les strates de violences se cumulent et s’accroissent, où la gradation du texte se parachève vers de futures représailles et de brûlantes protestations.
Je me retrouve au milieu d’une opération que je n’ai pas choisie.
Sous les rayons de soleil, j’artificialise.
Sous les rayons de lune, je déréalise.
Sous les rayons laser, j’hypocondrise.
Sous les rayons X, j’anatomise.
Sous les rayons de vos étagères, je Frankensteinise.
Sous les radiations, j’organise ma colère.
1 Extrait d’un protocole de correspondance issu du projet de recherche et création Là où je vais, c’est seulement pour t’écrire, soutenu par le Cnap en 2023.
Vues de l’exposition personnelle – Là où les organes oragent – dans le cadre du Prix Biennal MTE, commissariat Marine Rochard, CCC OD – Centre de création contemporaine Olivier Debré, Tours.
Photographies : Philippe Piron / Laura Bottereau & Marine Fiquet
Texte : Laura Bottereau & Marine Fiquet