Vénus, vénérienne, vénère

Sculpture, cire d’abeille, limaille de fer, coquille de Lambis, résine époxy, verre, 83,5 x 33,2 x 43,2 cm, 2025.
Coproduction CCC OD – Prix MTE

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Un coquillage se loge dans l’épaisseur d’un bloc de cire, matière dans laquelle les Vénus se sont vues façonnées par les anatomistes. Coquille, cire et toison sont ici enchâssées, comme des outils propices à interroger le regard. Rappelant la conception mythologique1 de la déesse, la conque cerclée de pilosité glisse vers une représentation vulvaire.

Vénus, vénérienne, vénère invoque les déclinaisons, leurs polyphonies et leurs polysémies. La sculpture décline Vénus par son titre même, jouant sur des désinences grammaticales et politiques où s’immisce la colère. Le passage étymologique du nom Vénus à l’adjectif vénérienne, propre au registre des maladies sexuellement transmissibles, en dit long sur la pathologisation des sexualités dites féminines, considérées comme déviantes et contagieuses. L’ajout du terme vénère agit alors comme une réponse, une poursuite lexicale spéculative et grinçante qui associe les notions d’admiration et de respect relatives à la vénération, à l’énervement de l’argot vénère exprimant la colère.
Le vocabulaire visuel choisi incarne quant à lui l’autodéfense : coquille dentelée et limaille de fer figurent vulve et pubis. La sculpture décline alors par sa forme même : elle repousse et refuse.

Corps sexisés et essentialisés par l’histoire de la médecine, les Vénus anatomiques en cire du XVIIIe siècle sont des instruments de démonstration et de construction d’un idéal féminin. Supports d’apprentissage scientifique occidental, elles sont toujours jeunes, belles, blanches, sexualisées, fécondes, littéralement ouvertes, en extase, disponibles aux regards, manipulables, fragmentables et silencieuses. Les Vénus anatomiques rendent visibles tous leurs organes, mais sont paradoxalement dépourvues de vulves. La représentation de leurs sexes semble réservée au registre patologique des maladies vénériennes.

Assignée objet à la naissance, corps sans vulve ou vulve sans corps, la figure de Vénus nous confronte à l’histoire misogyne de ses représentations. Par une logique de retournement du stigmate, Vénus, vénérienne, vénère ouvre une plasticité de la riposte.

1 Vénérée sous le nom de Vénus par les Romain·e·s et d’Aphrodite par les Grec·que·s. Selon Hésiode, la déesse de la beauté et de l’amour serait née d’une blessure céleste et de l’écume des vagues, ensemencée par le sexe tranché de son père Ouranos, mutilé par son fils Cronos.

Vues de l’exposition personnelle – Là où les organes oragentdans le cadre du Prix Biennal MTE, commissariat Marine Rochard, CCC OD – Centre de création contemporaine Olivier Debré, Tours.
Photographies : Philippe Piron / Laura Bottereau & Marine Fiquet
Texte : Laura Bottereau & Marine Fiquet

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